drame psychologique
5 min
Pourquoi j'aime les nuages
joseph tozza
Il était assis sur un banc. Ses amis l’entouraient. Ils étaient inquiets. Il ne bougeait ni ne répondait depuis dix minutes. Ses yeux pleuraient. Il fixait le ciel, au loin. Le Soleil était obstrué par les nuages. Il faisait beau. Personne ne sait ce qu’il se passait dans sa tête. Lui si. Il ne se passait rien. Ses pensées étaient devenues des bourrasques, les pires tempêtes. Il n’arrivait pas à en fixer une. Elles lui venaient à l’esprit, s’y fixaient quelques secondes, le temps d’une image, d’un léger souvenir, puis partaient. Le bruit aussi. Assourdissant. Son cerveau était cassé, il le savait bien. Il espérait qu’on puisse un jour le réparer. Une tempête là-dedans. Mais dehors, tout était calme. Oui, ses amis lui parlaient, mais il ne pouvait pas répondre. Il avait besoin de sérénité. Son regard avait croisé au hasard le ciel. Les nuages. Ils bougeaient lentement. Il les regardait s’en aller. Passer devant le Soleil, en cacher les rayons.
Ses amis s’inquiétaient de plus en plus. Lui, au contraire, parvenait à calmer son esprit. Petit à petit, il s’apaisait. Mais il ne voulait pas lâcher les nuages des yeux. Il savait qu’une fois qu’il les quitterait, l’angoisse le reprendrait. La tempête. Alors il ne répondait pas aux sollicitations de ses amis. Il les entendait bien. Il pouvait réagir, les rassurer. Il n’en faisait rien. Peut-être aussi pour dramatiser sa situation.
Les pompiers avaient été appelés. Il n’avait pas réagi. Il savait pourtant qu’il allait bien, que ça n’en valait pas la peine. Il était bien. Il ne voulait pas rompre cela. Il ne pensait pas. Il regardait le ciel, et les nuages. Ses amis essayaient de le faire parler, qu’il bouge. Rien. Pas un mot, pas un mouvement. Il avait le regard plongé dans l’azur. Parfois, le Soleil se frayait un chemin entre les draps blancs qui nappaient le ciel, et brûlait sa rétine. Il ne sourcillait pas pour autant. Il était bien. Et il ne l’avait pas été depuis longtemps. Il ne voulait pas que ça s’arrête. Il était bien. Et c’était rare.
Il ne sait plus comment tout a commencé. Il sait cependant quels évènements précis ont été décisifs pour en arriver là où il en était. Le premier remonte au début de cette année. Une soirée, de lycéens. Il était fatigué. Il ne voulait pas vraiment être là. Il savait qu’il gâchait la fête. Alors, pour changer d’état d’esprit, il but ; on lui proposa de fumer, il ne savait pas ce qu’il y avait dans cette cigarette. Il a fumé. Il a pris des boissons énergisantes. Une canette. Deux. Trois. Quatre. En quinze minutes. Il ne s’en rendait pas compte, mais la potion qu’il venait de concocter ferait des ravages importants à son cerveau. Il commençait à s’amuser, quand son cœur se mit à s’emballer. A battre avec une force indescriptible, à une vitesse effrénée. Il eut grand peur. Il ne savait pas ce qu’il se passait. Il sorti prendre l’air. Là, dans la nuit noire de décembre, la Lune était suffisamment pleine pour éclairer clairement les nuages qui l’entouraient. On aurait cru un film. Il regarda le ciel. C’était beau. Sa crise se calmait, il décida de retourner aux festivités. Alcool. Fumée. Musique. Tout s’accélère à nouveau. Le cœur suit. Peur. Panique. Angoisse. Il était tétanisé. Tout bougeait autour de lui. Il ne savait plus comment penser. Il ne savait plus comment parler. Comme un nouveau-né qui découvre le monde. Il ne savait plus mettre un mot sur une image, un nom sur un visage. Il respirait. Vite. Trop vite. La tête lui tournait. Il sentait son cœur qui tabassait sa cage pulmonaire. Ses alvéoles qui se remplissaient et se vidaient à une vitesse alarmante. Le monde s’effaçait. Il perdit connaissance. Il se réveilla parmi ses amis. Ils avaient bien bu, bien festoyé. Ils s’étaient couchés à côté de lui, sans se soucier de son état. Lui allait mieux. Le cœur était revenu à son rythme normal. Il parvenait à penser à nouveau. Une mauvaise expérience, rien de plus en somme.
Pourtant, cette expérience n’est qu’une première. A chaque fois qu’une inquiétude viendra, son cœur traumatisé se remballera à nouveau. Comme il l’était, en ce moment, face au Soleil et au ciel nuageux. Les pompiers étaient arrivés. Il ne répondait toujours pas.
La deuxième expérience fut cette rencontre avec cette jeune femme. Elle était magnifique. Corse, comme lui. Dès le premier jour, il savait qu’il serait amené à l’aimer. Et il ne s’était pas trompé. Il était devenu fou d’elle. Eux deux s’aimaient bien. Ils passaient des heures ensemble à parler. Mais ils ne s’aimaient pas de la même manière. Lui, c’était d’amour, elle d’amitié. C’est dans ce contexte qu’il a participé à cette fête où son cœur a manqué de peu de le lâcher. Elle faisait battre son cœur comme un fou. Mais à présent, cela n’avait plus rien de beau. La revoir, c’était se condamner à retomber dans ces torrents d’angoisses, de panique, comme il l’avait vécu ce soir où il voulut jouer aux grands. Quand il la regardait, il devait ensuite nécessairement fuir, car au bout de quelques minutes, les crises le reprenaient. Il s’enfuyait, retrouver la seule vision qui avait le pouvoir de le calmer. Il fuyait vers les nuages. Le ciel. Gris, bleu, rouge, noir, qu’importe. En le regardant, il n’était plus rien. Il était insignifiant. Cela le rassurait.
C’est comme si son cœur voulait le tuer. D’une part, il l’attirait vers cette femme qu’il aimait tant. De l’autre, l’angoisse de ne pas être aimé en retour, ou de ne pas l’être assez le plongeait dans ces moments de détresses physiques et mentales profondes. Il s’épuisait. Un jour, il est allé avec elle loin, dans un petit parc magnifique. Ils avaient passé la journée ensemble. Ils s’étaient assis, elle et lui, sur un banc, et avaient parlé des heures durant. Il allait bien, les crises ne venaient pas. Le ciel était beau. Les nuages plats, dessinaient des traits qui découpaient le ciel. Le Soleil se levait, et une teinte de rosé venait colorer l’horizon. Elle avait déposé sa tête contre son épaule, elle avait pris sa main. Il était heureux, tranquille. Il sentait à peine le poids de celle qu’il aimait, qui se reposait auprès de lui. Il regardait les nuages. Et c’était beau. Puis elle est partie. Lui aussi. Le temps filait, il fallait rentrer, ils avaient un emploi du temps à respecter. Ils se sont séparés. Une fois dans le bus qui le ramenait chez lui, les crises le reprirent. Il dut sortir, et marcher deux heures. Il était fatigué de tout ça.
Les pompiers l’allongèrent dans leur véhicule. Il a été précautionneusement allongé sur le brancard. Ils l’amenaient aux urgences. Les portes se ferment. Il ne voyait plus le ciel. Son esprit se brouillait à nouveau. Les pensées qui courent, qui hurlent. L’angoisse, la peur, la panique. Il regardait ces visages nouveaux, ces uniformes noirs et rouges, il peinait à se rappeler où il était, ce qu’il se passait. Les deux hommes qui étaient auprès de lui dans le camion essayaient de le calmer. Ils lui parlaient. Il ne comprenait pas. Il ferma les yeux, essaya de respirer plus calmement. Feindre le sommeil. Son cœur battait encore si fort. Sa respiration aussi. Il allait perdre connaissance. Il ne savait pas ce qui arriverait, si son cœur allait le lâcher, où si cela le calmerait. Il sentait le drap autour de lui le serrer. Les voix qui s’inquiétaient. Qui voulaient le maintenir éveillé. Les secousses du véhicules, les klaxons, les roues sur le bitume. Du bruit. Tout ça. En même temps. Le même bruit. Un amas de sons. Pénible. Il ne parvenait plus à voir clairement. La tête lui tournait. Il avait mal au crâne. On l’amena dans une chambre, calme, après avoir fait des tests de sang. Il pensait mourir. Son cœur ne s’était jamais autant emballé. Mais là, le calme était revenu. Plus de bruit, de mouvement. La lumière du Soleil attira son œil. Par la fenêtre, il voyait les nuages. Et sa respiration ralentit. Son cœur aussi. Par les fenêtres, il voyait les nuages.
Ses amis s’inquiétaient de plus en plus. Lui, au contraire, parvenait à calmer son esprit. Petit à petit, il s’apaisait. Mais il ne voulait pas lâcher les nuages des yeux. Il savait qu’une fois qu’il les quitterait, l’angoisse le reprendrait. La tempête. Alors il ne répondait pas aux sollicitations de ses amis. Il les entendait bien. Il pouvait réagir, les rassurer. Il n’en faisait rien. Peut-être aussi pour dramatiser sa situation.
Les pompiers avaient été appelés. Il n’avait pas réagi. Il savait pourtant qu’il allait bien, que ça n’en valait pas la peine. Il était bien. Il ne voulait pas rompre cela. Il ne pensait pas. Il regardait le ciel, et les nuages. Ses amis essayaient de le faire parler, qu’il bouge. Rien. Pas un mot, pas un mouvement. Il avait le regard plongé dans l’azur. Parfois, le Soleil se frayait un chemin entre les draps blancs qui nappaient le ciel, et brûlait sa rétine. Il ne sourcillait pas pour autant. Il était bien. Et il ne l’avait pas été depuis longtemps. Il ne voulait pas que ça s’arrête. Il était bien. Et c’était rare.
Il ne sait plus comment tout a commencé. Il sait cependant quels évènements précis ont été décisifs pour en arriver là où il en était. Le premier remonte au début de cette année. Une soirée, de lycéens. Il était fatigué. Il ne voulait pas vraiment être là. Il savait qu’il gâchait la fête. Alors, pour changer d’état d’esprit, il but ; on lui proposa de fumer, il ne savait pas ce qu’il y avait dans cette cigarette. Il a fumé. Il a pris des boissons énergisantes. Une canette. Deux. Trois. Quatre. En quinze minutes. Il ne s’en rendait pas compte, mais la potion qu’il venait de concocter ferait des ravages importants à son cerveau. Il commençait à s’amuser, quand son cœur se mit à s’emballer. A battre avec une force indescriptible, à une vitesse effrénée. Il eut grand peur. Il ne savait pas ce qu’il se passait. Il sorti prendre l’air. Là, dans la nuit noire de décembre, la Lune était suffisamment pleine pour éclairer clairement les nuages qui l’entouraient. On aurait cru un film. Il regarda le ciel. C’était beau. Sa crise se calmait, il décida de retourner aux festivités. Alcool. Fumée. Musique. Tout s’accélère à nouveau. Le cœur suit. Peur. Panique. Angoisse. Il était tétanisé. Tout bougeait autour de lui. Il ne savait plus comment penser. Il ne savait plus comment parler. Comme un nouveau-né qui découvre le monde. Il ne savait plus mettre un mot sur une image, un nom sur un visage. Il respirait. Vite. Trop vite. La tête lui tournait. Il sentait son cœur qui tabassait sa cage pulmonaire. Ses alvéoles qui se remplissaient et se vidaient à une vitesse alarmante. Le monde s’effaçait. Il perdit connaissance. Il se réveilla parmi ses amis. Ils avaient bien bu, bien festoyé. Ils s’étaient couchés à côté de lui, sans se soucier de son état. Lui allait mieux. Le cœur était revenu à son rythme normal. Il parvenait à penser à nouveau. Une mauvaise expérience, rien de plus en somme.
Pourtant, cette expérience n’est qu’une première. A chaque fois qu’une inquiétude viendra, son cœur traumatisé se remballera à nouveau. Comme il l’était, en ce moment, face au Soleil et au ciel nuageux. Les pompiers étaient arrivés. Il ne répondait toujours pas.
La deuxième expérience fut cette rencontre avec cette jeune femme. Elle était magnifique. Corse, comme lui. Dès le premier jour, il savait qu’il serait amené à l’aimer. Et il ne s’était pas trompé. Il était devenu fou d’elle. Eux deux s’aimaient bien. Ils passaient des heures ensemble à parler. Mais ils ne s’aimaient pas de la même manière. Lui, c’était d’amour, elle d’amitié. C’est dans ce contexte qu’il a participé à cette fête où son cœur a manqué de peu de le lâcher. Elle faisait battre son cœur comme un fou. Mais à présent, cela n’avait plus rien de beau. La revoir, c’était se condamner à retomber dans ces torrents d’angoisses, de panique, comme il l’avait vécu ce soir où il voulut jouer aux grands. Quand il la regardait, il devait ensuite nécessairement fuir, car au bout de quelques minutes, les crises le reprenaient. Il s’enfuyait, retrouver la seule vision qui avait le pouvoir de le calmer. Il fuyait vers les nuages. Le ciel. Gris, bleu, rouge, noir, qu’importe. En le regardant, il n’était plus rien. Il était insignifiant. Cela le rassurait.
C’est comme si son cœur voulait le tuer. D’une part, il l’attirait vers cette femme qu’il aimait tant. De l’autre, l’angoisse de ne pas être aimé en retour, ou de ne pas l’être assez le plongeait dans ces moments de détresses physiques et mentales profondes. Il s’épuisait. Un jour, il est allé avec elle loin, dans un petit parc magnifique. Ils avaient passé la journée ensemble. Ils s’étaient assis, elle et lui, sur un banc, et avaient parlé des heures durant. Il allait bien, les crises ne venaient pas. Le ciel était beau. Les nuages plats, dessinaient des traits qui découpaient le ciel. Le Soleil se levait, et une teinte de rosé venait colorer l’horizon. Elle avait déposé sa tête contre son épaule, elle avait pris sa main. Il était heureux, tranquille. Il sentait à peine le poids de celle qu’il aimait, qui se reposait auprès de lui. Il regardait les nuages. Et c’était beau. Puis elle est partie. Lui aussi. Le temps filait, il fallait rentrer, ils avaient un emploi du temps à respecter. Ils se sont séparés. Une fois dans le bus qui le ramenait chez lui, les crises le reprirent. Il dut sortir, et marcher deux heures. Il était fatigué de tout ça.
Les pompiers l’allongèrent dans leur véhicule. Il a été précautionneusement allongé sur le brancard. Ils l’amenaient aux urgences. Les portes se ferment. Il ne voyait plus le ciel. Son esprit se brouillait à nouveau. Les pensées qui courent, qui hurlent. L’angoisse, la peur, la panique. Il regardait ces visages nouveaux, ces uniformes noirs et rouges, il peinait à se rappeler où il était, ce qu’il se passait. Les deux hommes qui étaient auprès de lui dans le camion essayaient de le calmer. Ils lui parlaient. Il ne comprenait pas. Il ferma les yeux, essaya de respirer plus calmement. Feindre le sommeil. Son cœur battait encore si fort. Sa respiration aussi. Il allait perdre connaissance. Il ne savait pas ce qui arriverait, si son cœur allait le lâcher, où si cela le calmerait. Il sentait le drap autour de lui le serrer. Les voix qui s’inquiétaient. Qui voulaient le maintenir éveillé. Les secousses du véhicules, les klaxons, les roues sur le bitume. Du bruit. Tout ça. En même temps. Le même bruit. Un amas de sons. Pénible. Il ne parvenait plus à voir clairement. La tête lui tournait. Il avait mal au crâne. On l’amena dans une chambre, calme, après avoir fait des tests de sang. Il pensait mourir. Son cœur ne s’était jamais autant emballé. Mais là, le calme était revenu. Plus de bruit, de mouvement. La lumière du Soleil attira son œil. Par la fenêtre, il voyait les nuages. Et sa respiration ralentit. Son cœur aussi. Par les fenêtres, il voyait les nuages.
Ce texte a été rédigé par un(e) étudiant(e) ayant participé à l'atelier d'écriture de création "Autour des nuages" dispensé par Mathieu Simonet au Centre d'écriture et de rhétorique de Sciences Po au semestre d'automne 2024.
Ici, on lit et on écrit des histoires courtes
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