instant de vie
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Qu'est-ce que l'écriture pour moi ?
Anonyme T
Quand j’écris j’essaye d’être la plus honnête la plus fidèle à qui je suis à un moment précis. J’essaye de toucher du doigt la vérité, l'honnêteté, d’enlever ce qui est superflu, ce qui pollue ma pensée, ce qui brouille mes émotions. J’essaye d’aller au coeur des sentiments, de trouver l’harmonie, l’alignement. Il y a deux semaines j’ai ouvert une lettre que je m’étais écrite il y a 5 ans. Elle commençait par “chère grande moi même”, et se poursuivait par un portrait maladroit de qui j’étais. J'écrivais “je vais avoir 17 ans, j’ai tout à vivre encore, c’est si attirant, excitant et terrifiant de voir tout ce qui me reste à apprendre, à découvrir, à aimer et à fuir”.
J'écris pour me relire 5 ans après. J'écris pour retrouver l'intensité. Pour me souvenir de la douleur de ce coeur brisé de 16 ans pour une relation qui ne m’évoque aujourd’hui qu’une parfaite indifférence, me souvenir de l’importance de certaines phrases lues ou entendues que je note frénétiquement en bordel dans mon téléphone comme des leçons de vie, de la quête de soi, lente, sinueuse, persévérante, de la frivolité du sentiment amoureux, que j’éprouvais le besoin de décrire chaque jour comme un journal pendant six mois pour me persuader que c’est vrai que je ne rêve rien que c’est fou que c’est sublime. Pour me souvenir de ma grande douleur pendant la maladie de maman, même si je n’ai quasiment rien écrit. J’ai quelques fragments, quelques paragraphes. Des traces des montagnes russes, des émotions incontrôlables, de cette instabilité et ce vide permanent, de ces deux ans absurdes, figés mais fulgurants. Et puis le silence de ces six derniers mois. Les quelques mots, craintifs pour décrire l’absence, les cris dans le vide, les quelques lignes au “tu” abandonnées parce que “à quoi bon lui écrire”, et de nouveau le silence après avoir gribouillé “c’est trop dur”.
J’écris pour me souvenir. J’écris pour crier ma sensibilité que je hais souvent, mes angoisses du temps qui passe. Ma souffrance que personne ne voit mais que je sens, ma souffrance ma sensibilité qui me permet de tout sentir qui me permet d’être aussi vivante.
C'est ça. L’écriture ça m’aide à me sentir vivante.
Ce texte a été rédigé par un(e) étudiant(e) ayant participé à l'atelier d'écriture de création "Écrire la société contemporaine" dispensé par Karine Tuil, titulaire de la Chaire d'écrivain en résidence du Centre d'écriture et de rhétorique de Sciences Po, au semestre d'automne 2023.
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