En attendant le nuage

Mathis Gillio

Mathis Gillio

Les six textes et poèmes qui suivent ont été écrits dans le métro, principalement des jours de pluie. À travers la notion de l'espoir ces textes et poèmes redonnent au nuage sa juste place dans notre quotidien.

Notes à moi-même



Souviens-toi que le nuage revient toujours 
Souviens-toi aussi que le nuage n'est jamais parti
Aussi, dès que tu peux, cherche le nuage

Quand il fera chaud l'été, quand il n'y aura plus d'eau,
Quand les feuilles auront jauni, et que les fleurs auront fané, 
Pense au nuage
Pense au nuage et peut-être que tu le feras revenir 

Surtout quand il est là, quand il est là souvent, 
Pense au nuage
Car
Quand il repartira,
Peut-être alors 
tu le remarqueras

Maintenant que tu as pensé le nuage, 
Ressens le nuage, 
Dans l'air autour de toi, 
Dans l'air qui entre en toi
Et les jours de pluie, 
Le nuage qui glisse sur ta peau

Remercie le nuage, 
Il sait te faire sentir vivant, 
Pense aux fleurs
Aux insectes, à la mousse, 
Aux lichens et aux champignons,
Qui, eux aussi,
Vivent à travers le nuage

Aussi, ne sois pas égoïste
Et alors, 
L'été, 
Donne-leur un peu de ton eau, 
Juste un peu, 
Mais souvent.
Dis aux plantes que le nuage ne viendra pas,
Dis-leur que c'est à cause de toi, 
Donne-leur de ton eau dès que tu bois. 

Pour les autres



Si je dois écrire, alors je vais écrire. Je vais écrire sur toi mais pas seulement. Je vais écrire sur les autres, ceux qui sont partis en silence, ceux qui sont partis avec toi mais dont on ne parle pas. Ne t'inquiète pas, je ne t'oublie pas. Plus tard, quand personne ne se souviendra, je parlerai de tes couleurs, de tes pleurs, et de tes colères. Je parlerai de toi et peut-être que tu reviendras. En attendant, je me dois de parler des autres, des innocents, de ceux dont on ne parle pas, de ceux dont, avant même qu'ils ne soient partis, personne ne savait qu'ils étaient là. Je vais parler au nom des escargots, des vers et des limaces, au nom de tous les insectes qui ne sont déjà plus là. Je vais parler au nom de la vie, celle qui a fui, celle qui est indéfiniment partie et celle qui, comme nous, attend encore la pluie. Pourtant eux n'y peuvent rien, nous si, car tout le monde sait bien pourquoi le nuage n'est plus là. Aussi, aujourd'hui je ferai tout, pour que de nouveau tu flottes au-dessus de nous, non pas pour moi, mais pour les autres. 

Je te ferai pleuvoir devant moi



Cet été, de nouveau tu es parti. 
Aussi, avec le temps, j'ai appris à t'oublier. 
Une seule goutte seulement a suffi, 
à me rappeler notre passion passée. 
Qu'est-ce que tu m'avais manqué. 
Maintenant je m'efforcerai de me souvenir. 
J'essayerai, 
dès que tu n'es plus là, 
de me remémorer, 
ton odeur, ta voix, et tes doigts coulant sur ma peau. 
Aussi, continue de me réveiller, 
les soirs d'été quand tout le monde t'avait oublié. 
Gronde au plus profond de mes rêves. Je t'assure je ne t'en voudrai pas. 
Pourtant, toujours, j'ai peur, 
Peur de me réhabituer.
C'est peut-être pour ça d'ailleurs, 
que cet été je t'ai oublié. 
Alors, maintenant, je te le promets, 
Je ne te laisserai plus partir. 
Pour te revoir, pour te sentir, je n'hésiterai pas, 
Je te ferai pleuvoir devant moi. 

La Seine



Ce soir, alors qu'on ne s'y attendait plus, la Seine est enfin sortie de son lit. Au moment où je vous parle, celle-ci flotte au-dessus des toits gris de Paris. Comme un cadeau, la Seine coule de nouveau contre nos peaux, nous rappelle la douceur de sa fraîcheur, nous réveille doucement d'une longue estivation. Ce soir, c'est la Seine qui coule le long de nos fenêtres, c'est elle qui nous fera oublier
les longues nuits d'été
dépourvues de toute raison d'être. 
Aussi 
ce soir
je l'espère
la Seine nous bercera
vers un meilleur lendemain.

Le nuage sait



Le train passe
Vite 
Les couleurs 
Encore plus vite
Elles coulent le long de 
La vitre 
Se fondent et se confondent 
Se reflètent dans les gouttelettes 
Abandonnées plus tôt 
Par un nuage
Lui-même amené par une tempête
Toujours sur la vitre 
Un visage apparaît 
Et derrière 
Domine la ville

Plus tard 
Un visage descend, 
Rejoint les couleurs, 
Plus nettes pour elle, 
Encore plus floues pour moi 
Nuage 
Toi qui sais
Peux-tu me dire 
Quel est son secret ?

L'espoir d'un jour savoir


        
Il y a un an maintenant, je ne saurais l'expliquer, mais pendant un court instant, j'ai entendu les nuages chuchoter. Ça n'a pas duré longtemps, pourtant, à ce moment, j'ai compris que les nuages cachaient des secrets. Aussi, je me suis dit, savent-ils peut-être pourquoi tu es parti. Au fond, moi-même, je ne l'ai jamais vraiment compris. Depuis alors, j'attends les soirs de pluie, pour qu'enfin les nuages me le confient. Alors, peut-être, sans qu'ils le soupçonnent, le dessineront-ils sur ma vitre ou bien le taperont-ils sur mon toit. Au fond, peu importe la manière, tant qu'enfin je puisse avoir l'espoir d'un jour savoir.


Ce texte a été rédigé par un(e) étudiant(e) ayant participé à l'atelier d'écriture de création "Autour des nuages : atelier d'écriture" dispensé par Mathieu Simonet au Centre d'écriture et de rhétorique de Sciences Po au semestre d'automne 2022.

Ici, on lit et on écrit des histoires courtes

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