L'abeille et les nuages

la tortue

Note : Cette fable est basée sur des éléments écologiques et spirituels qu’il peut être intéressant de connaitre pour en apprécier pleinement la lecture. En voici un condensé qui, j’espère, vous donnera envie d’en apprendre plus sur le sujet !


Le GIEC informe que les évènements météorologiques sont des conséquences du changement climatique. Par leur intensité et leur fréquence de plus en plus importantes, ces évènements peuvent perturber les équilibres écosystémiques. Les abeilles sont très sensibles à la pluie et aux variations de température (du point de vue physique il leur est difficile voire impossible de voler sous la pluie, du point de vue physiologique, un changement de climat peut impacter le cycle biologique) ; un climat plus instable peut donc avoir des effets sur les communautés d’abeilles.


L’abeille noire du Berry (Apis mellifera mellifera) est une abeille domestique (i.e. qui vit en colonie). L’état de la recherche montre une potentielle concurrence des abeilles domestiques vis-à-vis des pollinisateurs sauvages (quant à eux solitaires) tels que les papillons.


Le dard des abeilles n’est pas lisse. Lorsqu’elles piquent des mammifères, il s’accroche à la peau molle et l’abeille ne peut qu’arracher son dard, lui causant des dommages anatomiques mortels. Cependant, elles peuvent piquer d’autres insectes au squelette externe sans mourir.


Le corbeau représente l’honnêteté dans les sept enseignements sacrés des Premières Nations canadiennes (Niizhwaaswi gagiikwewin). Il ne prend pas avantage des autres, en témoigne son avertissement aux papillons… (NB : l’honnêteté est aussi parfois représentée par Saabe, un géant)



L’abeille et les nuages
Une petite abeille noire du Berry 
Volait calmement dans la Beauce
En ce jour de mars à la douceur précoce,
En quête de plantes nouvellement fleuries.
 
Point de bocage aux haies joyeuses,
Point de jachères aux fleurs merveilleuses.
Partout elle survole des champs
Des céréales à foison qui n’ont rien d’alléchant.
 
Non loin, un corbeau surveille un jardin.
Il observe, l’œil attentif mais le vol serein 
Une maison et les premiers bourgeons, 
Quelques fleurs épanouies, en témoignent ces papillons.
 
L’abeille noire du Berry, pour pardonner sa déroute
Alerte sa ruche d’une nouvelle opportunité
Alléchée par le précieux nectar,
Face au danger elle s’élance sans fard.
 
L'abeille noire du Berry, dépassant le corbeau rusé,
Se rue sur les fleurs, promesse de nectar tant attendu.
Indifférentes aux papillons désabusés,
L’abeille noire du Berry et sa famille butinent presque à l’unisson.
 
Les papillons rapidement surpassés
Sont obligés de quitter le confort du jardin,
Le corbeau a de quoi les rassurer,
En plein vol il leur dit « l’occupation ne durera point ».
 
Car le corbeau fait toujours preuve d’honnêteté à qui sait l’écouter :
A ses paroles sages fait écho un terrible tremblement.
Un tronc de lumière immense crève le ciel et gronde, gémit, crisse,
Inhabituel à la saison, un vent se lève, chaud et violent.
 
La pluie arrive, coasse-t-il sans orgueil.
Il faut faire vite, faites-moi confiance
Quittez les fleurs pour rejoindre le couvert des feuilles,
Croyez-en mon expérience.
 
L’abeille noire du Berry en rit :
Depuis des millénaires que nous existons, notre espèce sait reconnaitre les nuages,
De la couleur à l’épaisseur, nous savons reconnaitre qu’en s’en vient la pluie.
Le nuage de ce début de printemps nous le dit, pas d’orage ! 
 
Du nectar à foison nous nous régalons.
L’abeille noire du Berry, sûre d’elle et de son évolution,
Inconnue au changement climatique,
Laissa même de la place aux papillons.
 
Pourtant, l’eldorado se transforme bientôt en calvaire :
La pluie battante fait courber les fleurs,
Sa lourdeur tomber les papillons avec horreur,
Son rideau désoriente nos hyménoptères.
 
L’abeille noire du Berry, lutte pour rester en l’air,
En cette journée de mars digne d’un giboulé.
En quête d’un abri et de sécurité,
Pour se prémunir de la pluie guerrière.
 
L’abeille noire du Berry apeurée 
Se précipite, dard prêt à attaquer
Par l’embrasure d’une fenêtre ouverte
Dans l’antre d’un homme à l’air peu alerte
 
L’abeille noire du Berry n’a pas le temps d’attendre,
Sans réfléchir ni ralentir : Pour se défendre,
Son dard s’enfonce dans la chair molle et sucrée,
Scellant sa destinée, elle tombe, inanimée.

 


Dans ce récit, l’avidité de l’abeille face aux pollinisateurs sauvages lui est punie. Mais l'abeille noire du Berry nous enseigne plus que l'avidité. Les animaux réagissent selon leur évolution acquise. Nous, humains, devons prendre soin de notre monde et de nos ressources. Non habituée aux caprices de l'humanité, une espèce n'est pas programmée pour anticiper les changements météorologiques instantanés. Alors, avant d'attribuer des caractéristiques humaines aux animaux, il serait sage d’apprendre à penser comme eux.


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