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Enfer

Amalthée Dupuy Lacueille

Rien de pire qu'une journée sans vie. Qu'une matinée triste, un après-midi maussade, une soirée grisâtre. Rien de pire qu'une rue sans vie. 
Je m'imagine descendre les larges marches de mon escalier, arriver dans la rue et être accueillie par le rien, le néant. Une rue où le maraîcher serait fermé, où il n'y aurait pas la queue chez le boucher, ni les trop ponctuels devant le cinéma. Une rue où les gens marcheraient lentement, tristement. Où les gens ne seraient pas dans l'urgence d'aller où ils doivent aller. Le ciel serait gris, le béton gris, les immeubles gris, les manteaux gris, les chaussures grises, les mines grises. Il n'y aurait pas les enfants et leurs cartables, les vieux et leur canne, les bourgeois embourgeoisés, les bruits des talons, les coups d'épaules, les crissements des pneus. Le métro serait vide. Mon dieu, un métro vide. 
Il n'y aurait pas les lecteurs téméraires qui, debout, luttent contre la gravité pour dévorer quelques mots, les chiens petits qui frôlent l'écrasement, le vieux qui fait ses mots fléchés, celle en appel pour un problème d'assurance, pas de couple qui boude, pas de voyageurs empêtrés. On ne verrait personne, on ne verrait donc rien. On serait seul.e dans le monde. Quelle horreur de s'imaginer un monde vide. On n'apprendrait rien, on ne verrait même pas le beau. 

Ici, on lit et on écrit des histoires courtes

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