instant de vie
2 min
Chimérique écriture
Eve Richard
Consigne : parlez de votre rapport à l'écriture
(Mon rapport à l'écriture ? Vaste sujet...)
Je savais que mon rapport à l'écriture était sensible. Au fond je l'ai toujours su. Le désir d'écrire m'assaillait surtout dans les moments où mes sentiments étaient si puissants qu'ils jaillissaient hors de mon corps par tous les moyens possibles. C'était comme si une petite créature polymorphe au fond de mon être s'animait et libérait toute sa puissance, irradiant mon corps de ses émois. J'aimais, j'exultais, j'enrageais, j'enviais, je jouissais, je hurlais, puis, une fois le monstre rassasié et apaisé, je me calmais et me saisissais d'un carnet pour y consigner avec la plus grande fidélité la teneur de mes tourments. Pourtant, je savais très bien que ceux-ci étaient de l'ordre de l'ineffable, de l'indescriptible. Les mots n'ont jamais réussi à rapporter l'ardeur de mes agitations, mais je persistais à les employer pour donner corps à cette créature que j'abritais et qui parfois prenait possession de moi.
Louve solitaire durant mon adolescence, peu encline aux relations sociales, je me réfugiais dans les études, et quand la mélancolie me prenait, je me mettais à écrire. Puis, quand j'ai aimé (ou cru aimer) pour la première fois, j'ai rédigé de longues lettres dans lesquelles j'épanchais ma soif d'amour et de reconnaissance. Lorsque l'on m'a aimée en retour, j'ai mis en mots cette flamme ardente qui me consumait. Cette habitude perdure aujourd'hui, et j'assouvis toujours le besoin d'expression de la petite créature qui m'habite.
Au fond, tout cela, je l'ai toujours su.
Mais il m'aura fallu une rupture, une fracture familiale, une expérience traumatique, une dépression, suivies par un heureux hasard lors des IP du semestre d’automne, pour donner une existence véritable à ce rapport tourmenté à l’écriture, pour admettre que cette petite créature tyrannique était bien réelle. Incapable de produire quoi que ce soit, paralysée par la honte, par la crainte de me confronter aux autres, convaincue d’être dénuée d’un quelconque talent d’écriture, trop d’émotions fortes se confrontaient et cherchaient à s’échapper, et mon petit monstre était indomptable. Dans l’impossibilité de réfléchir et de mater les agitations de mon esprit, j’ai fait profil bas, prétextant le syndrome de la page blanche. Pourtant, chaque fois que je rentrais chez moi, une fois ma petite chimère apaisée, je ressentais le besoin d’écrire.
En réalité, ces expériences n’ont fait que confirmer ce que je savais déjà : l’écriture est ma façon d’affronter la réalité, de calmer les ardeurs de mon démon personnel, de donner corps à ce qui me tourmente. Je n’ai jamais su employer l’écriture autrement que comme un moyen. J’ignore si j’ai la capacité d’écrire ou de former ma pensée : ma nature passionnelle et troublée est incompatible avec les idées de confiance et de certitude. Cette même nature, qui me cause les plus grands bonheurs et les plus grandes peines, je tente de la cerner, de la dompter, cela à travers l’écriture. Oui, il est indubitable que mon rapport à l’écriture est sensible, car celle-ci me permet de me relier et de me réconcilier avec mon intériorité si troublée.
A cet instant, j’ignore si mon destin est d’écrire, mais il est certain que jamais je n’abandonnerai l’écriture, car elle est profondément et sera toujours mon exutoire.
(Mon rapport à l'écriture ? Vaste sujet...)
Je savais que mon rapport à l'écriture était sensible. Au fond je l'ai toujours su. Le désir d'écrire m'assaillait surtout dans les moments où mes sentiments étaient si puissants qu'ils jaillissaient hors de mon corps par tous les moyens possibles. C'était comme si une petite créature polymorphe au fond de mon être s'animait et libérait toute sa puissance, irradiant mon corps de ses émois. J'aimais, j'exultais, j'enrageais, j'enviais, je jouissais, je hurlais, puis, une fois le monstre rassasié et apaisé, je me calmais et me saisissais d'un carnet pour y consigner avec la plus grande fidélité la teneur de mes tourments. Pourtant, je savais très bien que ceux-ci étaient de l'ordre de l'ineffable, de l'indescriptible. Les mots n'ont jamais réussi à rapporter l'ardeur de mes agitations, mais je persistais à les employer pour donner corps à cette créature que j'abritais et qui parfois prenait possession de moi.
Louve solitaire durant mon adolescence, peu encline aux relations sociales, je me réfugiais dans les études, et quand la mélancolie me prenait, je me mettais à écrire. Puis, quand j'ai aimé (ou cru aimer) pour la première fois, j'ai rédigé de longues lettres dans lesquelles j'épanchais ma soif d'amour et de reconnaissance. Lorsque l'on m'a aimée en retour, j'ai mis en mots cette flamme ardente qui me consumait. Cette habitude perdure aujourd'hui, et j'assouvis toujours le besoin d'expression de la petite créature qui m'habite.
Au fond, tout cela, je l'ai toujours su.
Mais il m'aura fallu une rupture, une fracture familiale, une expérience traumatique, une dépression, suivies par un heureux hasard lors des IP du semestre d’automne, pour donner une existence véritable à ce rapport tourmenté à l’écriture, pour admettre que cette petite créature tyrannique était bien réelle. Incapable de produire quoi que ce soit, paralysée par la honte, par la crainte de me confronter aux autres, convaincue d’être dénuée d’un quelconque talent d’écriture, trop d’émotions fortes se confrontaient et cherchaient à s’échapper, et mon petit monstre était indomptable. Dans l’impossibilité de réfléchir et de mater les agitations de mon esprit, j’ai fait profil bas, prétextant le syndrome de la page blanche. Pourtant, chaque fois que je rentrais chez moi, une fois ma petite chimère apaisée, je ressentais le besoin d’écrire.
En réalité, ces expériences n’ont fait que confirmer ce que je savais déjà : l’écriture est ma façon d’affronter la réalité, de calmer les ardeurs de mon démon personnel, de donner corps à ce qui me tourmente. Je n’ai jamais su employer l’écriture autrement que comme un moyen. J’ignore si j’ai la capacité d’écrire ou de former ma pensée : ma nature passionnelle et troublée est incompatible avec les idées de confiance et de certitude. Cette même nature, qui me cause les plus grands bonheurs et les plus grandes peines, je tente de la cerner, de la dompter, cela à travers l’écriture. Oui, il est indubitable que mon rapport à l’écriture est sensible, car celle-ci me permet de me relier et de me réconcilier avec mon intériorité si troublée.
A cet instant, j’ignore si mon destin est d’écrire, mais il est certain que jamais je n’abandonnerai l’écriture, car elle est profondément et sera toujours mon exutoire.
Ici, on lit et on écrit des histoires courtes
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